| POST
MILIEU, Stichting
Kaus Australis, Rotterdam (NL), 2004
137 Melanchtonweg, Une fondation
pour les artistes, construite et dirigée par des artistes. C’est
là que Séverine Hubard élabore Post Milieu, une installation
performance, visible du 10 au 26 septembre 2004 sur le site de Kaus Australis.
La fondation est composée d’un
bâtiment de 40 mètres par 30, conçu entièrement
démontable. Elle est bordée sur trois côtés
par un jardin et s’ouvre sur une grande esplanade (parking) dont
le fond est occupé par des roulottes et des containers. Le terrain
de la fondation est entouré par un stock de matériaux urbains,
une voie de chemin de fer, des pompes à pétrole et une déchetterie
nommée Milieu Park. C’est dans cette déchetterie que
Séverine H., tous les matins, guette le flot de voitures, de camionnettes
et leur cargaison, comme on attendrait le livreur, avant de prélever
dans le contenu d’une benne un instantané, plus ou moins
volumineux, de la consommation.
Le tas de rebuts définit le travail
de la journée ; le dispositif environnemental s’élabore
au fil des jours. Des reliefs du passé emmenés paître,
pour un temps, chez les artistes, émergent de-ci de-là dans
cette « transhumance du rebut ». Il ne s’agit
pas tant pour Séverine H. d’évoquer une vie passée,
que de déplacer, ces fonctionnalités rompues et de les réorganiser
dans un monde mouvant dont elle est la source. Tables, bois de lits, portes
ou simples planches rassemblés et réassemblés par
palettes constituent autant d’ingrédients, de détails
d’une construction plus grande qui envahit le site. Une étendue,
une rivière domestique unit pour un temps la déchetterie
et les bâtiments de la fondation. L’ensemble forme Post Milieu
, un environnement expérimental situé à la frontière
de l’architecture, de la sculpture et de la performance.
Cette coupe de vie renversée, occupe la
dépression fermée de l’atelier, filtre par les portes
et le couloir avant d’atteindre l’ouvert de l’esplanade.
On trouve des passages pour le corps, des interstices pour la main, des
meurtrières pour les yeux ; puis des allées plus larges
se dessinent, suffisantes pour la circulation d’un chariot élévateur,
avant de se replier en un dédale de ruelles. Post Milieu constitue
finalement un non lieu débordant et vivant, à la façon
d’une empreinte, mouvante prête à occuper le centre,
la périphérie et les interstices du site. Fin septembre
viendra le temps de la décrue. A la façon d’une rivière
folle qui inverserait son cours pour se jeter dans sa source, les objets
et fragments ré agencés retourneront dans les bennes de
Milieu Park. Dans une période où l’on semble attendre
de l’artiste de la production de bonne conscience au détriment
de tentatives de transformations ou de retournement réels du sensible
Séverine H. affronte en silence et frontalement notre société
et son aptitude à produire du corps mort et réussit par
une habile succession de négations à en extirper du vivant,
à ré agencer des possibles. C’est sans discours, par
le silence même que Séverine H. affronte et transforme sa
matière première et c’est peut être le côté
radicalement tranchant de Post Milieu. En inscrivant la finalité
matérielle de Post milieu, dans la décharge, Séverine
H. prolonge une « mauvaise habitude » qui l’a
déjà vu livrer ses installations au feu ou les détruire
à coups de pied. La disparition des objets supports ne doit donc
que renforcer cet appel à la vie.
Christophe Boulanger |