ÉTAT D’URGENCE / ÉTAT DE FUSION
Si cela ne marche pas... on recommence autrement

• Dans “mon vocabulaire permanent” (celui qui apparaît de façon répétée dans mes propos parlés ou écrits) il y a un emprunt à la psychologie enfantine qui énonce simplement que les choses existent pour le simple fait de les nommer. Cette affirmation me fait penser que la meilleure manière d’écrire un texte sur Séverine Hubard est de trouver un titre.

• Si j’ose titrer ce texte : “AFFAIRES DE FAMILLE EN ÉTAT D’URGENCE” il faut que j’explique un peu pourquoi.
Cela va faire bientôt trois ans que Séverine Hubard est apparue. Elle lisait un livre, peut être une revue, peut être un catalogue... je ne sais plus. Nous, on faisait des réunions intempestives. Elle est apparue avec toute sa riche panoplie. Les formes m’étaient proches... le sens de certaines m’échappent encore... ma curiosité s’agrandissait.
Très vite on a pris connaissance de certains de ses travaux. On a vu aussi des images de son installation au “Lieu Unique”. En regardant cette installation, j’ai appris que construire peut aussi être un piège pour les objets et pour les regards sur les objets...
Elle parlait (et parle encore) de motifs, d’objets décoratifs, de traces de décoration comme dessin... elle parle aussi de construction, d’assemblage, de recomposition... archéologie des déchets (trouvés, cherchés ou tout simplement achetés). Elle parle... un peu. Mais elle fait. Surtout elle fait avec urgence. Une urgence qui me semble pertinente dans ce temps dans lequel il faut regaucher le présent pour que le futur ne nous tombe pas sur la tête.
J’ai appris aussi que Séverine connaissait bien quelques notions d’urbanisme et qu’elle possédait déjà beaucoup des armes nécessaires pour la bataille de la métaphore (celle dans laquelle on est tous).
Reconnaître les gens qui appartiennent à une communauté sincère d’intérêts n’est pas facile. Connaître leur place, ou imaginer quel rôle ils tiendront dans la famille, non plus. Ce titre semble bien trop complexe pour le développer en quelques lignes (...)

• Si je choisi maintenant de parler de Séverine comme une “ARTISTE EN FUSION” il faut que je dise qu’elle fait des sculptures et que : socle, maquette, point de vue... sont des notions qu’elle décline avec un courage vertigineux.
La fusion parfois se nomme comme un état : l’état de fusion. Fusion, infusion et confusion me semblent proches. Les mots n’ont pas en eux mêmes de morale et la confusion, le métissage des sources et la chaleur sont des caractéristiques humaines qui génèrent de nouvelles techniques pour des avancements inattendus : 
-fondre décoratif et constructif produit des vapeurs électriques
-prendre l’air autour pour se nourrir à grande vitesse fait pousser
-chauffer ensemble jeu d’enfant et méga production produit des décalages fertiles
-glisser techniques de charpentier ou de menuisier vers le terrain de la construction d’espaces artistiques produit des architectures indomptables
-se poser toujours la question du point de vue du spectateur, de son déséquilibre face à (ou dedans) une oeuvre déséquilibrée, provoque de magnifiques tensions moléculaires…

Séverine prend, se pose, glisse, chauffe et fond. Elle est en fusion... et la température monte encore.

• Un jour pendant le festival “Espèces d’Interzone” Séverine avait été témoin de la destruction prématurée de l’un de ses dispositifs (prématurée parce que la construction n’était pas encore arrivée à sa phase publique). C’était la nuit et le temps manquait pour tout re-faire.
Après une pause de silence avec tous les assistants, une phrase eut la force d’éclaircir la façon de faire: “Si cela ne marche pas comme ça... on recommence autrement”.

Francisco Ruiz de Infante

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