Court métrage, sans dialogue, 13 min Short film, no dialogue, 13 min
Synopsis : Dans un appartement de ville, une jeune femme décide de se débarrasser entièrement de son mobilier. Systématiquement, obstinément, elle détruit chaque meuble de sa maison après avoir mis de côté leur contenu : affaires personnelles, objets de tous les jours, etc. Une fois le meuble mis en pièces, à coup de pieds, à coups de marteaux, scié et démembré, elle jette au feu ce qu'il en reste.
Au terme de cette patiente destruction, dans les cendres du mobilier, une vie primitive apparaît : des animaux, insectes, reptiles et batraciens surgissent de ce paysage gris et indéfini que forment les restes du foyer... One's home : a youg woman burs all her furniture in her chimney. In the center of the asches, a primitive life appears.
Réalisation : Séverine Hubard Images : Simon Gillet et Hugues Gemignani Son : Pierre Carrasco Electro Lumière : Julien Schaferlee Régie et régie feu : David Farine Montage : Lou Galopa et Séverine Hubard Production : Les films de l'Avalée avec le soutien de la région Bourgogne
Directrice de production : Catherine Siméon Assistante réalisation : Léa Daloz Stagiaire : Vincent Photographes : Vincent ARBELET et Michaël CARTIER
le montage des meubles au FRAC Bourgogne / set up the furnitures
la lumière / the light
Le filage / last talking
coiffeur et maquillage (chez Dessanges) / hair cut and make up
la performance / the performance
la mise au feu / the fire place
à l'extérieur / outside
la fin du premier jour / the end of the first day
La préparation des cendres / the ashes
La préparation du décor/ the stage design Le placement des bêtes / place of the animal
L'écrevisse / the crayfish
La machine / the machine
Le plateau / film set
L'appartement de France. R / France. R Flat
Bernard Palissy brûlant ses meubles à la recherche du secret de l'émail blanc vers 1550 Bernard Palissy burning his own furnitures looking for the ceramic's secret in the sixteen century
détail d'une assiette (rustiques figulines) de Bernard Palissy, musée des arts décoratif de Francfort piece of a Bernard Palissy's Rusticware featuring, Museum für Angewandte Kuns, Frankfurt am main
Note d'intention : De ces deux images, celle de Bernard Palissy jetant ses meubles au feu, et celle de cette assiette envahie de reptiles et d'insectes, est né mon désir de réaliser Trompe l'oeil .
Les Fêtes du feu de la Saint Jean marquent le passage d’une saison à une autre.
Lors de Fallas en Espagne, défilé dans les rues, on met le feu à des constructions qui ont pris l’année à être construites.
Autant d’exemples païens qui usent du feu comme moyen d’expression pour des cérémonies collectives. Faut-il tout brûler pour parvenir à un renouveau ?
Dans Trompe l'oeil, la cérémonie est solitaire. En brûlant tous ses meubles, le personnage détruit une partie de son patrimoine (mobilier de tout le monde qui n'a finalement qu'une valeur marchande - Mobilier que l'on rempli qui envahit nos maisons alors que c'est bien le contenu qui compte)
L’épilogue annonce un recommencement. Des êtres vivants se déplacent dans les cendres. Tout redevient alors possible.
Cette « conclusion » inattendue est un hommage direct au travail de céramiste de Bernard Palissy qui s’évertua à reproduire la perfection de la nature. Mais surtout, entre la première scène et l'épilogue, il se passe une sorte d’alchimie. Des objets inanimés se sont transformés en êtres vivants. Finalement ce n’est pas « détruire pour reconstruire » à la manière des modernes (le Corbusier) mais bien une transformation d’une chose en une nouvelle. Des cendres des meubles naît un nouvel écosystème puisqu’une écrevisse et un escargot y cohabitent .
Trompe l'oeil se réfère aussi à l’œuvre d’Andreï Tarkovsky. D’une part parce que certains de ses films sont structurés par des cycles (un homme âgé au début du film un enfant à la fin) ce qui fait écho à la manière dont Trompe l’œil finit avec un recommencement, une image d’une origine. D’autre part, pour l’importance du feu dans ses films : La maison qui brûle dans Le miroir (1974) et celle qui brûle dans Le sacrifice (1986).
L’œuvre de Tarkovski m’a marquée. Ce sont des films qui continuent de me faire réfléchir et qui restent des énigmes.
Je voudrais que mon film soit aussi un outil de réflexion et que le spectateur, en le découvrant, s’interroge sur la nature de ses besoins et de ses désirs. Si il n'y voit que du « gâchis », tant pis. Ce film n'est pas une provocation, même s'il est susceptible de scandaliser. Le spectateur doit interpréter ce qu’il voit. Si cette destruction n’est pas un acte vain, alors quel est son sens ?